Thierry Peugeot : « Nous avons toujours su relever les défis »

Interview de Thierry Peugeot publiée sur Le Parisien le dimanche 22 juin 2008 par Philippe Sauter

thierry peugeot photo

On ne le voit jamais, il fuit les médias… Thierry Peugeot, héritier d’une longue lignée, président du conseil de surveillance de PSA, livre une vision optimiste de son métier, alors que la 50 millionième Peugeot vient de sortir des usines.

THIERRY Peugeot, 50 ans, président du conseil de surveillance de PSA, autrement dit le poste le plus important au sein du groupe, est l’un des grands décideurs de la très discrète mais très puissante famille à la tête de la célèbre marque automobile. Plutôt rare dans ses apparitions publiques, Thierry Peugeot était présent vendredi à l’usine PSA de Sochaux (Doubs), la plus importante du groupe (13 000 salariés) et la plus ancienne. Il y a fêté la sortie des lignes de production de la 50 millionième Peugeot depuis le lancement de la marque en 1889.

L’occasion pour l’homme qui conduit des voitures qui portent son nom de faire le point sur le passé et l’avenir de PSA.

50 millions de Peugeot fabriquées en cent vingt ans, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Thierry Peugeot. C’est un chiffre rond ! Il faut surtout noter derrière ce chiffre que l’entreprise est toujours là quand beaucoup ont disparu. J’ai relu récemment des lettres de mon arrière-grand-oncle, Armand Peugeot. C’est impressionnant de voir à quel point il s’agissait d’un visionnaire. Il évoquait la révolution que constituaient la voiture et la possibilité de se déplacer individuellement. Plus de cent ans après, la logique tient toujours. Même si, à l’époque, Armand Peugeot a eu beaucoup de difficultés à convaincre les membres de sa famille. Il est vrai que l’on oublie qu’à la fin du XIX e siècle Peugeot était loin d’être une start-up, elle était en effet déjà âgée de 80 ans.

Quelles Peugeot avez-vous possédées ?

J’ai appris à conduire sur une 204, j’ai eu une 203 cabriolet lorsque j’étais étudiant, elle est aujourd’hui déposée au musée à Sochaux. Après, j’ai eu une 104. Ensuite je suis parti aux Etats-Unis, j’avais une 505, c’était l’époque où Peugeot tentait d’être présent là-bas. Revenu en France, j’ai eu une 205 GTI, pour moi la voiture fétiche de la marque. Lorsque je suis parti au Brésil, j’ai conduit une 505 pick-up qui était fabriquée en Argentine. Ensuite une 806, lorsque j’ai commencé à avoir des enfants, puis 807 lorsque je suis retourné à Lyon. Je n’oublie pas les trois années où j’ai travaillé pour Citroën, avec une Xantia et une C 5. Aujourd’hui j’ai un C 8 et une 607, une voiture extraordinaire. Autant de véhicules qui ont marqué les étapes de ma vie…

L’explosion du prix du baril de pétrole implique-t-elle obligatoirement une révolution chez PSA ?

Cela provoque en tout cas beaucoup de réflexions et des investissements. Cela nous incite à travailler sur tout ce qui est hybride. Nous avons annoncé au début de cette semaine notre implication dans un projet de voiture électrique avec Mitsubishi. Il faut de toute façon s’adapter. Si ce n’est pas le cas, on va perdre des parts de marché au niveau mondial. Nous n’avons pas le choix. Mais je n’ai pas peur. Cette entreprise a toujours su relever les défis. Elle a traversé des périodes difficiles, les guerres, les chocs pétroliers. Regardez le nombre de marques présentes après la Seconde Guerre mondiale et combien ont disparu. Nous, nous sommes toujours là.

« La force de notre famille a été de toujours privilégier l’intérêt de l’entreprise »

PSA est-il toujours un groupe familial ?

Notre famille dispose de 30 % du capital. C’est énorme, quasiment sans équivalent dans le monde de l’automobile, à l’exception de BMW. Et nous disposons de 45 % de droit de vote. De ce point de vue, on peut dire que nous sommes encore un groupe familial. La force de notre famille a été de toujours privilégier avant tout l’intérêt de l’entreprise.

PSA est-il toujours une entreprise française ?

Aujourd’hui, PSA est vraiment un groupe européen. Le deuxième constructeur sur le continent et d’origine française, voilà la bonne définition. Nous connaissons maintenant le défi qui nous attend : devenir un grand groupe de taille mondiale.

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